Séance EMDR avec suivi des mouvements oculaires

Les 8 phases de l’EMDR : déroulement d’une thérapie pas à pas

La thérapie EMDR suit un protocole structuré en huit phases : recueil de l’histoire et plan de traitement, préparation, évaluation, désensibilisation, installation, scanner corporel, clôture et réévaluation. Ces étapes ne se vivent pas forcément une par séance. Les deux premières occupent souvent plusieurs rendez-vous, les phases 3 à 7 s’enchaînent ensuite à l’intérieur d’une même séance de retraitement, et la huitième ouvre chaque rencontre suivante. Voici comment chaque phase se déroule, ce que le thérapeute vérifie, et ce que vous pouvez en attendre.

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TL;DR

  • L’EMDR comporte 8 phases : anamnèse, préparation, évaluation, désensibilisation, installation, scanner corporel, clôture, réévaluation.
  • Les phases 1 et 2 sont préparatoires et demandent souvent 2 à 4 séances : elles posent le cadre et les ressources de stabilisation.
  • Les phases 3 à 6 constituent le retraitement actif, avec des stimulations bilatérales alternées et deux échelles de mesure, le SUD et le VOC.
  • La phase 8 n’est pas un simple suivi : elle est le point de départ de chaque nouvelle séance.
  • La durée dépend de la complexité du trauma, de quelques séances à une trentaine ou plus dans les situations complexes.

Table des matières

Pourquoi l’EMDR se déroule en huit phases

L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) a été mise au point par Francine Shapiro. Le protocole standard décrit huit phases et trois branches : les traumas du passé, les déclencheurs présents et les scénarios du futur.

Cette organisation répond à une logique de sécurité. On commence par comprendre l’histoire de la personne, puis on la prépare, et seulement ensuite on touche au souvenir douloureux. Le retraitement n’est pas une répétition du trauma : c’est un travail par association libre, guidé par le thérapeute, qui permet au souvenir de s’intégrer de façon plus adaptée.

En France, la Haute Autorité de santé cite l’EMDR, au côté de la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le traumatisme, parmi les traitements de choix du stress post-traumatique. Cela suppose un praticien formé et un diagnostic clinique posé, ce qui explique la rigueur du cadre en huit temps.

Vue d’ensemble des 8 phases

Phase Nom Objectif principal
1 Anamnèse et plan de traitement Comprendre l’histoire, repérer les cibles
2 Préparation Créer l’alliance, enseigner la stabilisation
3 Évaluation Définir image, croyances, émotions, sensations
4 Désensibilisation Diminuer la charge émotionnelle (SUD)
5 Installation Renforcer la croyance positive (VOC)
6 Scanner corporel Vérifier qu’aucune tension ne persiste
7 Clôture Terminer la séance en sécurité
8 Réévaluation Contrôler les acquis, ajuster la suite

Phase 1 : l’anamnèse et le plan de traitement

La première phase recueille l’histoire du patient. Le thérapeute s’intéresse à ce qui amène la personne, à ses symptômes, à ses antécédents, à son contexte de vie et à ses ressources. Il vérifie aussi que l’EMDR est bien indiquée.

De cette exploration naît le plan de ciblage. Il liste :

  • les souvenirs du passé qui nourrissent la difficulté actuelle ;
  • les situations présentes qui déclenchent les réactions ;
  • les situations futures qui font peur et que le patient souhaite aborder autrement.

Il ne s’agit pas de tout raconter en détail. Beaucoup de patients redoutent de devoir revivre leur histoire dès le premier rendez-vous : ce n’est pas le cas. On repère, on ne retraite pas encore.

Phase 2 : la préparation

La préparation est l’une des deux étapes préliminaires cruciales. D’après EMDR France, elle permet de construire une relation de confiance, de valider l’indication de la thérapie et de définir ensemble les objectifs. Les phases 1 et 2 nécessitent souvent de 2 à 4 séances.

Le patient y apprend des techniques de stabilisation émotionnelle, comme l’ancrage ou la respiration, qui l’aident à rester dans sa fenêtre de tolérance quand le retraitement réveillera des émotions. On installe fréquemment un « lieu sûr » imaginaire, auquel on pourra revenir en cas de besoin.

Le thérapeute explique également le principe des stimulations bilatérales alternées, convient d’un signal d’arrêt et rappelle que le patient garde la maîtrise. Cette phase protège contre la déstabilisation : elle assure que les ressources sont en place avant d’aborder le cœur du travail.

Phase 3 : l’évaluation de la cible

Avec la phase 3 commence le travail sur un souvenir précis. Le thérapeute demande au patient de choisir :

  1. l’image qui représente le mieux le pire moment du souvenir ;
  2. la croyance négative qu’il a sur lui-même aujourd’hui en y pensant, par exemple « je suis en danger » ou « je n’y suis pour rien » dit à l’envers ;
  3. la croyance positive qu’il aimerait pouvoir avoir ;
  4. l’émotion ressentie et l’endroit du corps où elle se manifeste.

Deux mesures sont posées. L’échelle SUD (Subjective Units of Distress) évalue la gêne ressentie, de 0 à 10. L’échelle VOC (Validity of Cognition) mesure à quel point la croyance positive paraît vraie, de 1 à 7. Ces repères servent à suivre l’évolution tout au long de la séance.

Phase 4 : la désensibilisation

C’est la phase la plus connue. Le patient garde en tête l’image, la croyance négative et la sensation corporelle, tandis que le thérapeute applique une stimulation bilatérale alternée (SBA). Elle peut être oculaire, tactile ou auditive, selon ce que le patient tolère le mieux.

Le praticien intervient par séquences d’environ 20 à 30 secondes. Entre deux séquences, il demande simplement ce qui est apparu : une image, une émotion, un souvenir associé, une sensation. Il n’interprète pas et ne force rien. Le cerveau associe librement, et le thérapeute veille à ce que le traitement continue sans se bloquer.

La phase se poursuit jusqu’à ce que l’échelle SUD tombe à 0, ou à 1 quand c’est écologiquement adapté à la situation. Un patient décrit souvent un souvenir qui « perd son poids » : il reste en mémoire mais ne déclenche plus la même détresse.

Phase 4 : la désensibilisation — overview diagram

Phase 5 : l’installation

Une fois la charge émotionnelle apaisée, on renforce la croyance positive choisie en phase 3. Le patient la associe au souvenir pendant de nouvelles séries de stimulations, jusqu’à ce qu’elle soit pleinement acceptée, c’est-à-dire proche de 7 sur l’échelle VOC.

Cette étape ne consiste pas à se répéter une phrase. La croyance s’ajuste parfois : « je suis capable » peut devenir « j’ai fait ce que j’ai pu », plus juste pour la personne. L’installation consolide ce qui vient d’être retraité et donne au souvenir une place plus constructive dans l’histoire de vie.

Phase 6 : le scanner corporel

Le patient pense de nouveau au souvenir ciblé, avec la croyance positive, et balaie mentalement son corps de la tête aux pieds. Toute tension, gêne ou sensation inhabituelle est signalée.

Si une sensation persiste, on la retraite avec de nouvelles stimulations. Cette vérification est importante, car le corps conserve souvent une trace du vécu que la pensée a déjà dépassé. La phase est terminée lorsque le scanner ne révèle plus d’inconfort.

Phase 7 : la clôture

En fin de séance, le thérapeute doit laisser le patient dans un état stable, que le retraitement soit achevé ou non. Lorsqu’une cible n’est pas terminée, on utilise une technique de fermeture, par exemple un retour au lieu sûr ou un exercice de respiration.

Le patient reçoit aussi des consignes pour l’entre-deux séances :

  • noter les rêves, souvenirs ou émotions qui reviennent, sans chercher à les analyser ;
  • utiliser les techniques de stabilisation apprises en phase 2 si une émotion déborde ;
  • savoir qu’une fatigue ou une sensibilité passagère peut suivre une séance.

Si la détresse devient difficile à supporter, il appartient au patient de contacter son thérapeute, et non de patienter seul.

Phase 8 : la réévaluation

La réévaluation ouvre la séance suivante. Le thérapeute demande ce qui s’est passé depuis : le souvenir traité est-il toujours apaisé ? De nouveaux éléments sont-ils apparus ? Les symptômes ont-ils évolué ?

Ce n’est donc pas une étape finale mais le point de départ de chaque rencontre. Elle permet d’ajuster le plan de ciblage, de vérifier que les acquis tiennent et de décider de passer au souvenir suivant, au déclencheur présent ou au scénario futur. Dans ce dernier cas, on travaille l’anticipation : le patient s’imagine dans une situation redoutée avec ses nouvelles ressources.

Combien de séances et combien de temps ?

Les séances individuelles durent en général de 60 à 90 minutes. Pour un stress post-traumatique simple, la littérature décrit habituellement 15 à 20 séances, à raison d’une ou deux par semaine. D’autres sources évoquent des durées plus courtes pour un événement unique, et bien plus longues pour un trauma complexe, qui peut demander jusqu’à 30 séances ou davantage.

Retenez trois repères :

  • la durée dépend de la complexité du trauma, pas de la volonté d’aller vite ;
  • précipiter le retraitement est le piège le plus courant, car un cadre fragile en phase 1 et 2 fragilise tout le reste ;
  • tous les souvenirs n’ont pas à être traités : on cible ceux qui entretiennent le symptôme.

Pour le tarif d’une séance, il varie selon le praticien et le lieu d’exercice : demandez-le lors du premier contact.

Ce que vous ressentez pendant les phases

Pendant le retraitement, il est normal de voir défiler des images ou des émotions qui ne semblent pas liées au souvenir de départ. Le patient reste éveillé, conscient et capable d’arrêter à tout moment. Certains pleurent, d’autres ressentent de la chaleur ou des fourmillements. D’autres encore ne perçoivent presque rien sur le moment, puis constatent un changement dans les jours qui suivent.

Après une séance, la fatigue est fréquente. Des rêves plus marqués peuvent apparaître. C’est pour cela que le thérapeute prévoit la phase de clôture et la réévaluation, et qu’il est important de ne pas planifier un rendez-vous exigeant juste après.

Notre point de vue : une méthode qui vaut par son cadre

Nous ne formons pas à l’EMDR, et nous ne présentons pas cette thérapie comme un raccourci. Ce que nous observons, en tant que formateur issu du soin infirmier, c’est que les approches brèves donnent leurs meilleurs résultats quand le cadre précède la technique. Les deux premières phases de l’EMDR en sont l’illustration : alliance, stabilisation, vérification de l’indication.

Pour les professionnels de santé et les praticiens en reconversion, c’est une leçon utile, quelle que soit l’approche enseignée. Une technique de stimulation, qu’il s’agisse d’EFT, d’hypnose ou de relaxation, ne remplace jamais l’écoute de l’histoire de la personne ni la sécurité de la relation. Nous encourageons chaque praticien à connaître les limites de sa pratique et à orienter vers un psychologue, un psychiatre ou un thérapeute EMDR formé lorsque le trauma dépasse son champ de compétence.

Nous pensons aussi que comprendre les approches voisines aide à mieux accompagner. Si vous voulez situer l’EMDR parmi les autres méthodes, notre article sur les différences entre thérapies brèves modernes vous donne des critères de choix, et celui sur l’EMDR et le traumatisme détaille l’efficacité et le déroulé avant de commencer.

— David VIGNERON

EMDR, EFT, hypnose : des approches complémentaires

L’EMDR n’est pas la seule porte d’entrée pour apaiser un vécu difficile. L’EFT, par exemple, repose sur des stimulations de points d’acupression associées à la verbalisation. Nous détaillons ce que dit la clinique dans EFT et traumatisme, et les gestes pour une crise d’angoisse dans EFT et anxiété.

L’hypnose et les thérapies brèves occupent aussi une place dans l’accompagnement du stress et de la douleur. Notre guide clinique sur l’hypnose et la thérapie brève précise comment ces outils s’articulent avec une pratique de soin.

Le point commun avec l’EMDR : un protocole clair, des repères de suivi et une attention constante à la tolérance du patient.

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Si vous êtes infirmier, thérapeute en reconversion ou praticien bien-être et que vous souhaitez enrichir votre accompagnement, notre catalogue réunit des formations en ligne conçues et dispensées par David Vigneron, ancien infirmier. Elles couvrent notamment l’hypnose ericksonienne, l’EFT, la gestion du stress, la relation d’aide, le traitement des phobies, l’accompagnement des deuils et la prise en charge de la douleur. L’accès est 100 % e-learning, ce qui permet d’avancer à son rythme.

Pour préparer votre projet, consultez aussi notre plan pour réussir une formation e-learning en thérapie et notre guide sur les compétences du thérapeute moderne.

FAQ

Quelles sont les 8 phases de l’EMDR ?

Les huit phases sont : l’anamnèse et le plan de traitement, la préparation, l’évaluation, la désensibilisation, l’installation, le scanner corporel, la clôture et la réévaluation. Les deux premières posent le cadre, les phases 3 à 7 constituent le retraitement d’un souvenir, la huitième sert de point de contrôle à chaque séance.

Faut-il huit séances pour huit phases ?

Non. Les phases 1 et 2 prennent souvent de 2 à 4 séances, puis les phases 3 à 7 se déroulent dans une même séance de retraitement quand le souvenir peut être traité en entier. La phase 8 se répète au début de chaque séance. Le nombre total dépend de la complexité du trauma.

Que se passe-t-il si une émotion devient trop forte pendant la désensibilisation ?

Le patient peut interrompre la séance grâce au signal convenu en phase 2. Le thérapeute adapte alors le rythme, ralentit les stimulations ou utilise une technique de stabilisation comme le lieu sûr. Si la détresse persiste après la séance, contactez votre thérapeute sans attendre le prochain rendez-vous.

Les stimulations sont-elles toujours des mouvements des yeux ?

Non. Les stimulations bilatérales alternées peuvent être oculaires, tactiles ou auditives. Le praticien choisit la modalité la mieux tolérée et ajuste le rythme aux besoins émotionnels du patient.

Qui peut pratiquer l’EMDR ?

Un professionnel formé à ce protocole, dans le cadre d’un diagnostic clinique approprié, en particulier pour les stress post-traumatiques complexes. En cas de doute, demandez à votre médecin traitant de vous orienter vers un psychologue ou un psychiatre formé à l’EMDR.

Aller plus loin

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